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Une introduction aux cartes heuristiques

mardi 10 juin 2003, par Denis Rebaud , Jean-Luc Deladrière

 Définition

La carte heuristique est une technique de représentation graphique d’idées et des relations entre ces idées. Une telle représentation s’appelle également une Mind Map, schéma heuristique [1], topogramme, carte, etc.

Nous avons choisi pour ce site le terme « carte heuristique » pour deux raisons :

  • pour la plupart des gens, le mot « carte » est plus parlant que « schéma » qui est souvent associé à l’idée d’approximation (« c’est schématique » !). Et il est plus facile de « cartographier » une réunion pour en faire un compte rendu que de « schématiser » celle-ci ;-) ;
  • le mot « heuristique », même s’il fait parfois peur au premier abord (« C’est une secte votre truc ? »), décrit parfaitement les bénéfices de ces cartes qui favorisent la découverte [2].

 Applications

La carte heuristique peut s’utiliser à chaque fois que vous avez besoin de coucher des idées sur le papier pour les organiser :

  • Prise de notes à l’occasion de réunion, de conférences, de cours, etc. ;
  • Résumé de documents écrits (articles de journaux, livres, notes de service, cahier des charges, appels d’offres...) ;
  • Prise de décision ;
  • Gestion de projets ;
  • Animation de réunions ou de groupes de travail ;
  • Prise de parole (conférence, présentation personnelle lors d’un tour de table...).

Cette liste n’est pas limitative. En fait, les domaines couverts sont tellement vastes que certains esprits sceptiques justifient leur réticence par cette critique : « si votre carte heuristique est bonne à tout, elle est forcément bonne à rien ! ».

 Avantages

Dans les articles disponibles sur l’internet qui présentent les cartes heuristiques, les auteurs décrivent pas à pas comment dessiner celles-ci (ce que nous allons aussi faire), mais expliquent rarement pourquoi elle fonctionne.

Nous connaissons presque tous l’astuce du nœud fait à un mouchoir pour servir de pense-bête, ou encore l’anecdote de la madeleine de Proust [3]. La carte heuristique peut être perçue comme un énorme pense-bête : tous les mots-clés, les images qu’elle contient ont pour but de nous rappeler une idée, une information que nous avons en tête [4]. Autre analogie : le plan d’une ville. Un simple rectangle au centre d’un rond appelé Place Charles de Gaulle évoquera pour le touriste qui a visité Paris l’Arc de triomphe, la flamme du soldat inconnu, la casquette de travers du policier qui fait traverser la rue, bref tout un tas de souvenirs qui ne sont pas explicitement mentionnés sur la carte.

En effet, la carte heuristique exploite et favorise le fonctionnement naturel du cerveau : association d’idées, utilisation de la couleur et du dessin pour une meilleure mémorisation [5]. Alors que la prise de notes linéaire, telle que nous l’avons apprise à l’école, nous maintient prisonniers d’une dimension (le temps), la carte heuristique brise ce lien et permet de devenir maître des informations que l’on consigne dans un espace à deux dimensions (voire trois si l’on compte la couleur, les illustrations, etc., qui sont autant de repères visuels). Mieux, un simple mot-clé noté suffit pour nous remémorer après une réunion bien plus d’informations que ce qui a été noté, d’où des comptes rendus bien plus riches et plus structurés, par exemple.

C’est cela la magie des cartes heuristiques : elles ne contiennent pas formellement l’information, mais permettent de la retrouver dans notre mémoire, laquelle est bien plus vaste qu’on ne se l’imagine.

 Matériels nécessaires

Pour réaliser votre première carte heuristique, préparez le matériel suivant, qui suffira amplement pour vos premiers pas :

  • Papier blanc de grande taille (A3, sous-main, nappe en papier...). Avec l’habitude, une feuille A4 suffit la plupart du temps ;
  • Feutres de couleur, crayons de couleurs, fluo... ;
  • Feutres ou stylo de couleur noir ;

Installez-vous confortablement dans un environnement calme et stimulant (un peu de musique douce, de l’éclairage en suffisance, le téléphone dévié...) pour une durée de trente minutes environ. Ne soyez pas effrayé par autant de précautions. Nous souhaitons vous faciliter la tâche lors de vos premiers pas. Vous verrez qu’ensuite, avec un peu d’habitude, non seulement vous pratiquerez la carte heuristique n’importe où et bien plus facilement qu’auparavant, mais encore, vous pourrez difficilement revenir aux notes linéaires classiques, tant il est facile d’ajouter des idées dans une carte heuristique.

 L’idée principale

Commencez par réfléchir à l’objectif de votre carte. En d’autres mots, à quoi va-t-elle vous servir ? Le résultat de votre réflexion sera l’idée principale autour de laquelle va se construire naturellement votre carte et que vous allez matérialiser par une image au centre de la page.

Pour cela, fermez les yeux, afin de mieux vous concentrer, et laissez venir en vous des images que votre cerveau va spontanément faire apparaître en pensant à cette idée principale. Cette phase, qui fait appel à l’imagination, sollicite la partie du cerveau qui est délaissée lorsque vous écrivez uniquement. [6]

Une fois l’image bien claire dans votre tête, il suffit de la projeter sur le papier et d’en esquisser les contours. Il n’est pas nécessaire de savoir dessiner, car c’est plus une évocation qu’une illustration.

Si vous êtes pressée ou ne trouvez pas encore spontanément des images, dessinez un nuage au centre de la page et inscrivez dedans l’idée principale.

 Les idées secondaires

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Un exemple de forme bio

Les idées secondaires rayonnent sur des branches en partant de l’idée principale. Personnellement, nous dessinons souvent des branches qui s’inspirent de celle ci-contre (un morceau ramassé le long d’une route).

Chaque idée secondaire peut prendre la forme d’un pictogramme, d’un mot-clé, d’un mot-image ou une combinaison de ces formes disposée au-dessus des branches.

 Les pictogrammes

Les branches sont illustrées par des pictogrammes associés au thème développé.

Cette association est personnelle et facilite grandement l’impact visuel du document, mais ce n’est pas sa seule utilité puisqu’elle sollicite des ressources de notre cerveau peu exploitées (cf. le travail sur l’image de l’idée principale).

Avec la pratique, vous vous constituerez une collection de pictogrammes simples à dessiner et ayant une signification directement perceptible.

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Quelques pictogrammes personnels

Voir aussi : la collection de pictogrammes à télécharger.

 Mots-Clés

Un mot-clé a pour vocation de rappeler une information enfouie dans votre cerveau (c’est la « clé » qui ouvre la porte d’accès à vos connaissances). Les phrases sont inutiles, voire nuisibles [7], car elles réduisent les « points d’accrochage » possibles pour de futures idées.

 Mots-Images

Encore plus facile : on peut également utiliser des mots-images. Il s’agit de mots dont le sens est illustré directement par leur représentation.

Bon compromis entre le texte et les pictogrammes, certains font preuve de beaucoup d’imagination, comme dans le joli livre de Joël Guenoun Les mots ont des visages.

 Connexions

Les liens qui apparaissent entre les différentes idées de la carte sont illustrés par des flèches qui relient les idées entre elles. Ces liens peuvent être colorés, pointillés, épais ou fins selon la signification qu’on leur prête et qui est toute personnelle.

 Quelques règles à respecter

  • Placez le papier horizontalement (format P A N O R A M I Q U E, car nos deux yeux ne sont pas alignés verticalement) ;
  • Variez les couleurs, la taille des lettres, la texture des branches ;
  • Utilisez des codes et des pictogrammes ;
  • Utilisez seulement un mot-clef par branche [8] ;
  • Ajustez la branche à la taille du mot pour maintenir visuellement le lien sémantique entre mots-clés ;
  • Tracez les branches principales en grand ;
  • Évitez d’écrire les mots verticalement, peu faciles à lire.

 Développer son style personnel

Au début, on est déçu par l’aspect graphique final (pour rassurer les débutants, nous tenons à leur disposition les exemples de nos débuts [9] ;-)). Il est amusant de constater que même les personnes expérimentées préfèrent toujours les cartes des autres à la leur. Comme quoi l’herbe est toujours plus verte dans le pré du voisin...

Le respect de la technique peut sembler assez exigeant au début, car il faut assimiler pas mal de contraintes nouvelles par rapport à l’écriture classique et linéaire. Heureusement, plus on pratique la méthode, plus le style devient personnel et efficace et moins il est nécessaire de penser aux règles qui sont devenues des automatismes. Et surtout, vous ressentirez les bénéfices : prises de notes plus rapides et plus exploitables, idées claires, informations qui reviennent sur le bout des lèvres en repensant juste à la carte, etc.

 Derniers conseils

Si vous avez été séduit par cette approche nouvelle et pourtant pleine de bons sens, voici quelques conseils :

  • commencez à pratiquer les cartes heuristiques pour vous, avec des applications sans enjeux. Évitez par exemple de prendre directement des notes en réunion si vous avez à écrire un compte rendu. Débutez plutôt par une liste des tâches à faire ou la liste des courses au marché ;
  • vous trouverez des ressources et des explications supplémentaires dans des livres sur les cartes heuristiques pour démarrer.

Lorsque vous aurez constaté les premiers bénéfices des cartes heuristiques, nous vous encourageons à suivre une formation dispensée par une personne expérimentée pour progresser très rapidement.


[1du grec heuriskein, qui signifie l’art de la découverte

[2Ceci n’a rien d’étonnant puisque ce terme n’a pas été choisi au hasard. En effet, la personne qui a traduit pour la première fois l’expression Mind Map par schéma heuristique est Hélène Trocmé-Fabre, linguiste réputée.

[3Dans son roman Du côté de chez Swann, Marcel Proust raconte comment le simple goût d’une madeleine trempée dans du thé réveille en lui des souvenirs d’enfance lointains.

[4Contrairement à une idée reçue, nous avons tous une excellente mémoire, depuis l’enfant en échec scolaire pourtant capable de donner tous les résultats des derniers championnats de football jusqu’au vieillard qui se rappelle de souvenirs d’enfance avec une grande précision. Dans les formations aux cartes heuristiques que nous animons, un exercice consiste à lire simplement une carte d’une certaine façon. C’est un vrai bonheur de voir le visage ébahi des participants lorsqu’ils découvrent qu’ils ont mémorisé sans aucun effort l’intégralité de la carte pourtant riche en informations.

[560% du cortex est impliqué dans le traitement des informations visuelles

[6L’un des secrets des cartes heuristiques, c’est d’impliquer simultanément les deux hémisphères cérébraux dans vos réflexions : le droit pour l’image, la vision globale, la couleur, l’émotion et le gauche pour l’analyse, les mots, la logique...

[7Le choix d’un mot-clé est difficile pour les débutants qui craignent d’oublier s’ils n’ont pas tout noté.

[8C’est sans doute l’un des points les plus difficiles quand on débute. Si l’on écrit par exemple « point négatif » lors d’une évaluation, notre cerveau restera enfermé dans cet a priori négatif. Avec juste le mot-clef « point » sur une branche et « négatif » sur l’autre, vous ouvrez la voie à d’autres idées : « positif », « améliorer », « satisfaisant », « drôle »...

[9Voir notamment le témoignage de Denis.