Le matériel de Denis
De même qu’un bon maçon doit avoir de bons outils, un bon cartographe doit disposer d’outils à sa main pour travailler dans les meilleures conditions possibles.
Voici mes outils et quelques conseils nés de ma propre expérience acquise lors de prises de notes à l’occasion d’entretiens ou de réunions.
Le support papier
J’utilise la plupart du temps deux carnets de croquis à spirales, l’un au format A6 qui m’accompagne partout [1] et l’autre au format A4 le reste du temps (Canson ou autre fournisseur) [2]. L’intérêt est double :
Cela évite les feuilles volantes qui se perdent tôt ou tard ;
Il me faut moins de dix secondes pour retrouver n’importe quelle information contenue dans chaque carnet grâce« un sommaire dessiné sous forme de carte heuristique sur la première page (merci« Jean-Luc pour cette astuce).
Lorsque mes cartes ont une vocation professionnelle (compte rendu de réunion, etc.), j’utilise du papier« dessin 125g/m² sous forme de feuillets mobiles Clairefontaine. Ainsi, je peux facilement ranger chaque carte dans le dossier projet associé.
Lorsque je cartographie une conférence, j’utilise un cahier« dessin 24x32cm 125g/m² dont j’ai ôté les agrafes centrales. Ouvert, ce cahier devient une superbe surface de travail plus grande que du A3. C’est l’idéal pour noter jusque dans le moindre détail les propos du conférencier [3]. Seul inconvénient, faute de pouvoir le numériser avec un scanner A4 si je veux garder une trace sur mon PC, je dois le photographier, ce qui complique un peu les choses.
Le choix d’un papier épais n’est pas non plus anodin. Par rapport« du papier pour photocopieuse, ce n’est pas du tout la même sensation au niveau de l’écriture ou du coloriage. Or, le plaisir est un facteur non négligeable si l’on veut être créatif ou capable de mémoriser le contenu de la carte. De même, le confort est important pour rester attentif aux propos de quelqu’un lors d’un entretien. Difficile en effet de rester concentré lorsqu’on éprouve des difficultés« écrire : stylo bouché, fuite d’encre...
Attention également« la couleur du papier si vous envisagez de numériser vos cartes : certains carnets peuvent être blanc cassé selon la marque.
L’écriture
J’adore écrire avec un stylo« plume calligraphique, genre Art Pen Calligraphy de Rotring. Mon préféré est un stylo Pilot Plumix, dont la prise en main triangulaire particulièrement ergonomique me permet une liberté d’écriture incroyable, même pour un gaucher comme moi [4]. Il existe plusieurs largeurs de plume, ce qui permet de renforcer les branches principales. Je vais essayer de m’en faire offrir une ou deux autres largeurs pour Noël.
La plume m’est très utile pour réfléchir posément ou varier mon style d’écriture : pendant que je prend plaisir à coucher chaque mot-clé sur papier, je laisse mon esprit vagabonder et rebondir sur tout ce qui est associé« ce mot-clé : le moment d’une réunion qui s’y rapporte, etc. Ce n’est donc pas du temps de perdu, mais un moment de réflexion irremplaçable que je prolonge ensuite en coloriant la carte (cf. infra).

En phase de prise de notes (entretien ou brainstorming), je ne peux malheureusement pas toujours écrire aussi vite que nécessaire avec une plume. C’est pourquoi j’utilise plutôt dans ce cas-là un feutre noir Pentel Tradio TRJ 74. Pourquoi le noir ? Je n’ai pas le temps de changer de feutre pendant mes prises de notes en temps réel et c’est la seule couleur pour moi qui fasse bon ménage avec toutes les autres une fois la carte coloriée.

- Feutre Pentel Tradio TRJ 74
Je travaille également avec un Pilot Frixion, qui offre l’avantage d’autoriser les corrections multiples [5]. C’et même mon outil favori pour la prise de notes en réunion, car je peux facilement faire des corrections et conserver ainsi une carte propre qui facilite la synthèse à chaud en fin de réunion.
J’évite les feutres Tempo, dont la pointe est trop grosse ou les feutres à pointe ultra-fine, pas toujours lisibles quand on écrit très vite. Le mieux est de faire ses propres tests pour déterminer le meilleur outil à sa main : l’écriture doit être très rapide et la plus agréable possible (surtout si vous faites des cartes lors de réunions ou d’entretiens).
Pour les cartes importantes (supports de cours, cartes destinées à montrer mon savoir-faire auprès de clients, etc.), j’apprécie les feutres à pointe fine qui permettent d’écrire les mots dans une couleur proche de la branche qui les supporte.
En résumé, j’utilise plusieurs outils, parfois différents pour un même usage (prise de notes en réunion, réflexion, support de cours...), suivant l’humeur du moment. L’un de mes stagiaires, responsable d’un bureau d’étude, m’a donné la clé de ces changements : quand il a besoin de réfléchir sur un projet, il change d’outil d’écriture, comme si celui-ci avait une influence sur sa façon de pensée et aidait à voir les choses différemment.
Illustrations
J’utilise un Pocket Brush de Pentel pour mes dessins. Extérieurement, cela ressemble à un vulgaire feutre à écrire mais quand on l’ouvre, c’est en fait un pinceau calligraphique avec une pointe si fine qu’il est possible de tracer des traits de l’épaisseur d’un cheveu. J’aime bien son rendu, car je peux moduler la largeur du trait simplement en jouant sur la force d’appui, ce qui donne tout de suite une autre allure au dessin, même en n’étant pas un pro.
Mise en couleur
J’ai abandonné les feutres pour plusieurs raisons : ils bavent lorsqu’on repasse sur le texte écrit au feutre et les effets obtenus sont moins riches qu’avec les crayons. Seule exception qui confirme la règle : j’emploie des feutres Pinsocolor de Reynolds, plus agréables que des marqueurs quand il faut réaliser de grandes cartes murales.
Je préfère utiliser des crayons de couleur pour enrichir mes cartes de petite taille (A4/A3). Ceux que j’ai employé au début sont des Conté Evolution Triangle, avec une grosse mine (ils sont conçus pour des enfants), très agréables« tenir en main grâce« leur forme triangulaire. Par contre, la gamme de couleurs est limitée et les couleurs moins éclatantes que d’autres crayons.
Depuis peu, j’ai opté pour des Triocolor de Koh-I-Noor, un fabricant Tchèque. Ils sont chers (31€ la boîte de 24) et pas faciles à trouver [6], mais c’est le top. Moins gras que les Caran d’Ache qui sont magnifiques, mais qui laissent plein de poussières de mine sur le papier, plus tendres que les Conté Evolution déjà mentionnés, ils sont parfaits pour colorier d’un seul trait chaque branche et leur tenue en main est irréprochable grâce à une section triangulaire comme les Conté Evolution.
J’ai aussi essayé les crayons Crayola qu’utilise Frédéric. Ils sont aussi très agréables à manier. Petit plus, chacun d’eux est identifié par un nom de couleur sur son corps, ce qui est bien pratique.
Il y a enfin les Jumbo Grip de Faber-Castell. Ils sont plus gras que les Conté, ce qui donne des superbes effets de grain suivant le papier utilisé (ou d’aquarelle si on mouille la couleur avec un pinceau humide).
Bref, vous avez compris que les crayons de couleur, c’est comme les pralines au chocolat : il faut en goûter plusieurs pour savoir choisir ceux qu’on préfère. Pour ma part, ce sont les Triocolor (au moins pour l’instant...).
Le seul feutre que j’emploie est un feutre-pinceau Tombo n°530. Il me sert à appliquer un léger filet gris sous les branches principales pour donner une impression de relief. Ce n’est pas indispensable, mais je prend beaucoup de plaisir à faire ça, de sorte que cela renforce le pouvoir émotionnel de chacune de mes cartes. J’essaie depuis peu un crayon à mine de graphite 2B pour l’ombrage, afin d’obtenir une meilleure cohérence.
Conservation des cartes
Pour éviter que mes cartes ne s’abiment dans le temps, je pulvérise un fixatif pour crayons, fusains et pastels une fois ma carte coloriée. Il paraît que la laque pour cheveux est équivalente au fixatif, en moins cher, mais je n’ai jamais essayé cette astuce communiquée par une artiste peintre.
En résumé
Mon matériel se compose de :
Carnets de croquis« spirale A4 et A6 (papier« dessin épais) ;
Papier« dessin 125g/m² Clairefontaine (feuillets mobiles) ;
un stylo à plume calligraphique Pilot Plumix ;
un stylo effaçable Pilot Frixion ;
un feutre noir fin pour une écriture très rapide et très agréable ;
un pinceau calligraphique Pocket Brush de Pentel noir fin pour les dessins ;
une pochette de crayons de couleurs Triocolor pour colorier la carte ;
un feutre-pinceau gris très clair pour le plaisir des yeux.
un fixatif en aérosol pour rendre la carte insensible aux frottements.
J’oubliais un dernier point de détail : je range mon matériel dans ... ma bonne vieille trousse scolaire en cuir que j’ai ressortie du grenier, sans oublier une gomme. ;-)
Tous les matériels présentés ici sont en principe disponibles (sauf mention contraire) au rayon art graphique de n’importe quelle papeterie ou boutique spécialisée comme Graphigro.
[1] Indispensable pour noter les idées exprimées par un interlocuteur lors d’une discussion de travail informelle ( table, dans les couloirs, en voiture...). Je dois cette idée« Jean-François, un autre passionné des cartes heuristiques.
[2] Le choix du grain dépend de vos préférences : plutôt gros grain pour des crayons de couleur (l’effet de texture obtenu est plus joli à mon goût) et papier lisse pour des feutres.
[3] Il est possible de prendre des notes d’une conférence sur une simple feuille A4 mais cela nécessite de l’entraînement d’une part, et d’autre part, si vous arrivez« proximité du bord, vous aurez tendance« ne plus rien noter
[4] Il suffit juste de modifier l’orientation de la plume avec la serrant dans un mouchoir en papier pour ne pas se tacher les doigts.
[5] Son encre s’efface sous l’effet de la chaleur dégagée par la friction de la "gomme" fixée à l’extrémité du stylo, sans que le papier soit endommagé. Il est donc possible de répéter plusieurs ce cycle d’effacement au même endroit.
[6] Je les ai trouvés au Bon Marché à Paris, rayon Art graphique au sous-sol du premier magasin, grâce à Françoise qui me les ai fait découvrir lors d’une formation aux cartes heuristiques que j’animais.

